Construire un module ancré dans le territoire : l’EIE « Territoire Agriculture et Bocage »

La haie. Pour certains, un atout pour le paysage, un attrait touristique, un facteur de la protection de l’eau ou de la biodiversité. Pour d’autres, une contrainte et une gêne pour l’exploitation des terres. Comment concilier ces approches ? Tous les services rendus à la collectivité par la haie ne peuvent perdurer que si l’agriculteur qui l’entretient, année après année, y trouve aussi son compte.

Dans le Bocage , quelques communes avaient lancé des projets de replantation de haies , des agriculteurs installaient des chaudière à bois, …. il fallait gérer donc cette ressource. Et c’est à ce défi que s’est attelé le groupe Haies’nrgie. La participation du lycée, depuis plus de 10 ans, à ce réseau très pluridisciplinaire a permis à quelques enseignants de développer des contacts, de se familiariser avec la réalisation d’un plan de gestion des haies, les démarches de subvention, les problèmes des communautés de communes pour faire avancer les projets de chaudières collectives, en même temps, ces enseignants apportaient l’idée qu’il fallait travailler aussi avec les jeunes qui seraient les acteurs de demain.

Pour mettre cette participation au service de la pédagogie, nous avons construit l’EIE  » Territoire, Agriculture et Bocage »

À qui est destiné cet enseignement ?

aux élèves de 2nde Pro GMNF ( … ) et CGEA (…), des élèves aux goûts bien différents mais qui devraient , dans leur vie professionnelle, gérer ensemble ce territoire.

Quelle pédagogie ?

associer travail pratique et travail de réflexion, associer des enseignants de plusieurs disciplines, mutualiser les connaissances des élèves, travailler avec les acteurs du territoire.

Qui pilote ?

un enseignant pilote par filière, actif au sein du groupe de partenaires.

Qui encadre ?

des enseignants de différentes disciplines qui participeront à certaines séances en fonction de leur intérêt.

Quel volume horaire ?

8 demi-journées réparties sur l’année ( dont une journée entière pour la réalisation de la plantation).

Quel déroulement ?

il peut varier selon les années car il est établi avec les partenaires pour valoriser les activités intéressantes mises en place mais il s’organise selon les étapes suivantes :

  • 1ère étape : A l’automne, on découvre les haies du lycée, on se familiarise avec les espèces et on essaie de mettre en commun les connaissances des deux classes.
  • 2ème étape : On visite l’exploitation où sera réalisé le projet de plantation prévu par l’agriculteur et le technicien. Les élèves découvrent les grandes lignes d’une EA . Participation intéressante pour les enseignants d ‘agronomie, de zootechnie ou d’économie qui peuvent alors réutiliser cette visite dans leurs cours.
  • 3ème étape : On travaille sur le projet de plantation : un vrai projet sur un site que les élèves ont pu voir lors de la visite. C’est l’occasion de se familiariser avec l’étude d’une carte, les possibilités de subventions, les prix des plants, les espèces locales retenues. Intéressant, par exemple, pour l’enseignant d’économie associé à ce module
  • 4ème étape : La journée plantation! Une armée de 50 à 60 élèves mesure, troue, retaille des plants, praline des racines, plante, entre 600 à 800 mètre de haies. Chacun à sa place, bien encadré, le travail avance vite. Le volume horaire des EIE ne prévoit pas un tel déploiement de force, mais c’est l’occasion pour d’autres enseignants de valoriser des heures de travaux pratiques qu’ils pourront réutiliser en cours car les liens sont évidents avec la biologie, l’agronomie, les techniques de gestion des milieux. ..
  • 5ème étape : On découvre les acteurs. Là, aucun problème. Les relations avec le groupe Haies’nrgie permettent de varier les visites selon les années. La visite de la chaudière collective au bois de haie de Valdallière, la visite d’un chantier d’entretien des ripisylves avec l’entreprise d’insertion « Arbor & Sens » , la rencontre avec le technicien rivière. … Parfois, ce sont les acteurs qui se retrouvent au lycée. Comme, en 2016, avec la démonstration de la gestion mécanisée de la haie mais aussi la présentation des coûts de mécanisation par la FD CUMA ou la valorisation énergétique par le technicien de la Chambre d’Agriculture.
  • 6ème étape et 7ème étape : On met l’accent sur les intérêts de la haie : la biodiversité, la protection des sols et de l’eau, la valorisation du paysage … Là aussi, les supports sont multiples et varient selon les années : réalisation d’un inventaire Agrifaune sur le lycée, marquage des espèces intéressantes pour les pollinisateurs, travaux d’entretien des haies du lycée, visite d’aménagement des berges pour l’abreuvement des animaux avec un technicien rivière, mais aussi des cours sur les maladies transmises aux animaux par l’eau, l’intérêt des bandes d’interculture pour les auxiliaires .. Les possibilités ne manquent pas !
  • Toutes les informations et expériences collectées par les élèves sont ensuite évaluées individuellement à la dernière séance, car malheureusement, ce n’est pas facile d’évaluer le travail pratique de chacun avec un si grand groupe sur terrain.

Que faut-il retenir ?

  • Les points forts et points faibles ? Il n’est pas facile de faire travailler ensemble ces élèves, cela rechigne lors des premières séances mais le chantier de plantation est un temps fort de travail collectif qui ressoude bien le groupe. La participation de nombreux enseignants n’est pas toujours facile à gérer mais c’est riche.
  • Quelles perspectives ? Poursuivre le travail entre les filières en 1ère et Terminale. Cela avance : un diagnostic de biodiversité réalisé l’année dernière chez un agriculteur du réseau CIVAM Des élèves de CGEA devraient réaliser des aménagements proposés lors d’un diagnostic fait l’année dernière par une classe de GMNF. Le diagnostic agronomique des nouveaux pâturages du lycée, réalisé avec les 1 CGEA, a été suivi, par la plantation de 300 m de haie pour délimiter les paddocks, ce travail a été réalisé en commun avec les 1 GMNF.

Au fil des années, cet EIE « Territoire Agriculture et Bocage » est restée vivante grâce aux contacts réguliers entre l’équipe enseignante et les différents acteurs du territoire au sein du groupe Haies’nrgie . Un nouveau travail de collaboration s’est également mis en place récemment avec des agriculteurs du réseau CIVAM intéressés par la haie et la biodiversité….

Dans le cadre du Pôle d’Excellence Rurale créé en 2006 pour la valorisation du bocage, la Chambre d’Agriculture anime un groupe technique dénommé « Haies’nergie » . Ce groupe travaille depuis plusieurs années pour le développement de filières locales d’approvisionnement en bois. Il est constitué de représentants des communes nouvelles de Valdallière et de Souleuvre en Bocage, de la Fédération des CUMA du Calvados, du PNR des Marais du Cotentin et du Bessin, du Conseil départemental du Calvados, du Lycée professionnel agricole de Vire, du Pays du Bessin au Virois, du SDEC et de « Rivières et Bocage ».

http://www.lavoixlebocage.fr/2016/03/17/haies-bocageres-donner-une-valeur-economique-a-ce-paysage/

http://www.ouest-france.fr/normandie/vire-14500/les-eleves-du-lycee-agricole-de-vire-ont-ete-sensibilises-aux-haies-du-bocage-4078149

En savoir + Thierry Lorand et Paule Mahmoudi, enseignants – Lycée Agricole de Vire